Un spa sur trois peut vous rendre malade

Le tiers des centres de détente du Québec offrent à leurs clients des spas dont l’eau contient une quantité inquiétante de bactéries potentiellement dangereuses pour la santé, révèle une enquête du Journal de Montréal.

 

Article écrit par: CATHERINE BOUCHARD

Au cours des derniers mois, Le Journal de Montréal a visité incognito et au hasard 30 centres de détente, puis fait analyser l’eau des bains à remous par des experts. Dans un cas sur trois, les échantillons prélevés ont révélé une présence anormale — ou limite — de la bactérie pseudomonas aeruginosa, un microbe très résistant.

Celle-ci peut causer ou aggraver des infections déjà présentes sur la peau. Et son traitement peut s’avérer difficile, prévient le microbiologiste Marc Hamilton, président-directeur général de la firme Environex, qui a effectué les analyses d’eau pour le compte du Journal.

 

«C’est dur à guérir», indique l’expert.

 

DIFFICILE À ÉLIMINER

La pseudomonas aeruginosa est la bête noire des propriétaires de spas, souligne M. Hamilton. «C’est une bactérie qui ne doit pas se retrouver normalement dans les spas, explique-t-il. C’est la plus difficile à éliminer.» Sa présence peut toutefois être contrôlée à l’aide d’un système de chloration expressément dosé pour l’éliminer, précise-t-il. La bactérie E. coli, connue pour causer des gastro-entérites et des infections urinaires, a quant à elle été détectée dans un seul des 30 centres de santé visités par Le Journal.

 

«Si on en retrouve dans un spa, c’est synonyme qu’il y a des excréments dans l’eau», laisse tomber M. Hamilton. Les tests réalisés lors de notre enquête ont aussi révélé des problèmes de turbidité dans l’eau de trois centres de détente. «Plus la turbidité est élevée, plus l’eau peut manquer de filtration, souligne M. Hamilton. Cela augmente le risque que des bactéries s’y installent », dit-il. Un nombre de baigneurs supérieur à la capacité d’accueil du bassin, une mauvaise filtration et des produits chimiques mal dosés peuvent expliquer la problématique de turbidité, indique le microbiologiste. Une panoplie de matières, comme de la peau, de la poussière et du sable se retrouvent donc en suspension dans l’eau.

 

L’INDUSTRIE PRÊTE À ÊTRE TESTÉE

Informée de l’enquête du Journal, l’Association québécoise des spas, qui représente 45 centres de santé, avoue que plusieurs de ses membres jugent difficile de se conformer aux normes en vigueur. «On vient de terminer l’assemblée annuelle et les questions de l’analyse d’eau et de l’entretien des bassins ont été des sujets fort animés», dit Claire Levasseur, directrice générale de l’organisme. «On voudrait que le ministère de l’Environnement — comme le MAPAQ le fait dans les restaurants —fasse des tests. Ça donnerait une assurance supplémentaire au public», estime-t-elle

 

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LES 3 PROBLÈMES IDENTIFIÉS DANS L’EAU
BACTÉRIE E. COLI
► Bactérie intestinale des mammifères, très commune chez l’être humain
Ce qu’elle peut causer : 
► Des infections digestives (gastro)
► Des infections oto-rhino-laryngologiques
TURBIDITÉ DE L’EAU
► La turbidité est la teneur de particules en suspension dans l’eau
► Plus elle est élevée, plus des bactéries risquent de s’y développer
BACTÉRIE PSEUDOMONAS AERUGINOSA 
► Présente à l’état naturel dans l’eau, la végétation et le sol
► Résistante aux antibiotiques et aux désinfectants
Ce qu’elle peut causer :
► Diverses infections
► Risques accrus chez les personnes immunodéprimées, victimes de brûlures et atteintes de fibrose kystique
► Septicémies
► Infections systémiques

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